Un Orgue…





Un ORGUE est composé de plusieurs JEUX, qui sont autant d'instruments différents que l'on peut faire parler ou taire à volonté. Chaque jeu est une série de 61 TUYAUX, un par NOTE de CLAVIER. Chaque tuyau est placé sur un SOMMIER, grand distributeur d'air, lui-même mû des ventilateurs électrique remplaçant depuis un sièle les pompes à bras ou à pieds. A chaque note correspond une SOUPAPE, construite dans le sommier. C'est la partie la plus fragile et la plus technique de l'instrument. Tous ces jeux et leurs sonorités sont combinables entre eux, sans aucune contrainte : les possibilités sonores sont donc  infinies.

Une mécanique complexe relie les claviers de la CONSOLE aux sommiers par des VERGETTES, des ABREGES, des RELAIS en bois et en métal : certaines tringles de bois peuvent même mesurer plusieurs mètres, allant de la console au point le plus haut de l'instrument !

Une fois la mécanique posée, et la console reliée aux soupapes, on peut s'intéresser aux tuyaux, qui fabriquent le son en fonction de critères très précis et que l'on choisit lorsque l'on compose un orgue, comme un peintre sur sa palette peut intensifier le rouge ou au contraire préférer des couleurs plus douces pour créer une nouvelle peinture.

Il existe deux familles de tuyaux, qui chacune se subdivise encore en deux groupes, selon leur fonction.

I- Les "Jeux de Fonds" : chaque tuyau est fabriqué comme une flûte à bec, posée à l'envers : l'air entre par le pied, se brise contre le biseau et le son ainsi produit résonne, se forme et s'enrichit dans le corps du tuyau. Il en existe de trois sortes :

 1/ Les Principaux, Diapasons et Gambes : c'est la base naturelle de l'orgue, depuis l'origine de l'instrument. Sonorités puissantes qui doivent remplir toute l'église, même lorsqu'elle mesure 100 mètres de long ! Les tuyaux que l'on voit en façade d'un orgue sont toujours issus des rangs des principaux; dans ce cas, on les appelle "Montres".

 2/ Les Bourdons et Flûtes douces : ce sont les jeux "calmes" de l'orgue : il y en a à chaque clavier et leurs timbres sont pour chacun très différents. Leurs tuyaux sont bouchés et sont construits en bois : ils donnent les sons les plus doux.

3/ Les Flûtes : ce sont des jeux doux, comme les bourdons mais non bouchés. Ils sont de tailles beaucoup plus larges que les Principaux qu'ils complètent ainsi utilement. Les flûtes peuvent être pour certaines aussi douces que les bourdons, mais en perçant un petit trou dans le corps du tuyau, le son de la flûte est dit "harmonique" et peut alors sonner plus fort que les principaux et infléchir la couleur d'ensemble vers une teinte très veloutée.

Suivant que le facteur a privilégié les tuyaux fins ou les tuyaux larges, le Fond d'Orgue peut ainsi tendre vers des sonorités assez "étroites", comme au Sacré Coeur de Montmartre ou à Saint Ouen de Rouen, ou au contraire, vers une teinte d'ensemble beaucoup plus veloutée, comme à St Eustache de Paris.

II- Les "Jeux d'Anches" sont construits comme un hautbois ou une clarinette : l'air entrant dans le pied fait vibrer une languette : le son produit ainsi vibre dans le résonateur et prend de l'ampleur pour être entendu de partout. Il y en a de deux sortes :

1/ Anches fortes : ce sont les Trompettes et leurs nombreux dérivés (Contre-Bombarde, Tuba, Trombone, Bombarde, Clairon). Pour augmenter encore leur puissance, on peut les couder vers la nef (Tubas) ou encore mettre les tuyaux à l'horizontale "en chamade" : leur son atteint ainsi directement l'oreille de l'auditeur.

2/ Il y a aussi des Anches douces ou de détail : Basson, Hautbois, Voix-Humaine, Régale, Ranquette, Cromorne ou Clarinette : pour la plupart, comme leur nom l'indique, ils imitent l'instrument d'orchestre correspondant.

Mais toutes ces sonorités ne seraient rien sans une particularité qui n'existe que dans notre instrument : pour augmenter la richesse de ces sons, on a l'habitude de les mélanger à des tessitures différentes. A la note voulue, on peut associer son octave, voire sa double ou sa triple octave. On peut aussi fabriquer des tuyaux donnant les sons de l'octave grave de la note naturelle… C'est pour cela que chaque jeu d'orgue est toujours accompagné d'un numéro, qui indique la hauteur en pieds (1 pied = 33 cm) du tuyau le plus grave du clavier (appelé Do1, il correspond au deuxième Do du piano). Par exemple Flûte 8' : le premier Do est obtenu avec un tuyau de 8 pieds (2m60), correspondant à la tessiture "normale" du piano.

Pour simplifier, il suffit de se dire qu'un piano joue toujours en 8'. Un jeu noté 4' jouera une octave plus haut, un jeu noté 2' jouera deux octaves plus haut, etc. De même pour les sons graves : il existe des jeux de 16 pieds (5m20), des jeux de 32 pieds (10m40) !

Mais il existe aussi des jeux qui ne donnent pas la note que l'on joue, mais un de ses sons harmoniques à la place. On les appelle logiquement Mutations. Par exemple, on trouve dans tout orgue des jeux de quinte, de tierce, mais aussi de septième, de neuvième, etc. : de ces mélanges naît la richesse sonore de l'instrument.

Certains jeux sont des mélanges, déjà préparés, de mutations, que l'on ne peut plus modifier. On les appelle mutations composées ou mixtures. Ces dernières, multipliant les octaves "superposées" et les quintes, elles aussi superposées donnent la brillance à l'instrument. Pour les repérer, leur nom est cette fois complété par le nombre de tuyaux qui composent chaque note, par exemple : Fourniture V rangs : 5 tuyaux -donc cinq notes différentes- jouent toujours ensemble si l'on tire ce jeu.

En général, ces mutations sont construites en tuyaux de fonds, quasiment jamais en jeux d'anches. Mais il faut comprendre qu'un jeu de Quinte construit en Bourdon sera tout à fait différent d'un jeu de Quinte construit en jeux de Principaux… Il existe heureusement des conventions pour s'y retrouver : par exemple, le jeu de Sesquialtera, inventé depuis le XVIIème siècle dans les orgues hollandais est  toujours composé de deux tuyaux de principaux, donnant l'un la quinte (mesurant 2 2/3'), l'autre la tierce (1 3/5'). C'est à la fois un jeu soliste, surtout avec un tremblant bien réglé, mais c'est aussi un composant essentiel du Plein-Jeu baroque. Le Cornet, jeu plutôt français, lui aussi intègre ces deux rangs, de quinte et de tierce, mais avec des tuyaux de flûte (ou de bourdon): il est toujours composé de cinq tuyaux : le 8', le 4', le 2 2/3', le 2' et le 1 3/5', qui correspondent aux 5 premières harmoniques naturelles d'un son… C'est un jeu de solo qui, au XVIIIème siècle, servait, de plus, à renforcer les anches dans le dessus du clavier.

Pour concevoir un orgue, il faut déterminer quelles sonorités on va y placer, en imaginant de façon parfaitement abstraite, le résultat sonore que l'on veut obtenir, ce qui explique les différences que l'on peut percevoir dans les sonorités de deux orgues, même avec une oreille non initiée...

A.P.

 

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